L'état de la gouvernance en Afrique suscite de plus en plus d'interrogations. Le dernier Index de la Gouvernance Africaine (IIAG) 2024, publié par la Fondation Mo Ibrahim, dresse un portrait nuancé de la situation sur le continent. Les chiffres sont éloquents : 33 pays sur 54 stagnent ou régressent en matière de gouvernance, une tendance qui s'est confirmée sur la dernière décennie.
Cette évaluation minutieuse, basée sur plus de 300 variables, révèle toutefois quelques lueurs d'espoir. Treize nations, parmi lesquelles l'Égypte, Madagascar, le Maroc et la Côte d'Ivoire, ont réussi à améliorer significativement leurs performances. Les Seychelles se distinguent particulièrement avec une progression spectaculaire de 10 points, dépassant même Maurice, longtemps considéré comme un modèle de gouvernance sur le continent.
Mais ces succès ne doivent pas masquer les défis croissants auxquels l'Afrique fait face. L'année 2022 a marqué une accentuation préoccupante de la stagnation générale. Les conflits se multiplient, l'insécurité grandit, et l'espace démocratique se rétrécit dangereusement. Plus inquiétant encore, onze pays, dont certains étaient jusqu'alors considérés comme des exemples de stabilité - le Soudan, Maurice, le Botswana et la Tunisie - montrent des signes de détérioration significative.
Les nouvelles ne sont pourtant pas toutes mauvaises. Le continent enregistre des avancées notables dans plusieurs domaines clés. Les infrastructures, notamment dans le secteur des communications mobiles, connaissent un développement remarquable. L'égalité des femmes progresse, et le développement économique et humain suit une trajectoire positive dans plusieurs régions.
Cependant, certains domaines requièrent une attention urgente. La sécurité et la sûreté se dégradent dans de nombreuses régions, tandis que la participation citoyenne s'érode progressivement. Plus préoccupant encore, la perception des opportunités économiques par les populations connaît la plus forte détérioration parmi tous les indicateurs mesurés, signe d'un désenchantement croissant des citoyens africains face à leur avenir économique.
Ces résultats mixtes soulignent l'importance cruciale de renforcer les institutions et la gouvernance en Afrique. Alors que certains pays montrent qu'il est possible de progresser significativement, d'autres rappellent que ces avancées restent fragiles et nécessitent une vigilance constante. L'avenir de la gouvernance africaine se jouera dans la capacité des États à transformer ces défis en opportunités de réforme et de progrès.